Depuis hier soir, une image occupe mon coeur et ma tête. Comme vous, peut-être.

Cette image, celle du petit Aylan, 3 ans, échoué sur une plage de Bodrum.

3 ans. L’âge de ma fille.

Sauf qu’elle est née ici. Lui, il est né là-bas.

Chaque fois que je vois cette image, depuis ce matin, j’ai les larmes aux yeux. Mon coeur de maman se serre. Qu’aurais-je fait à la place des parents d’Aylan ? Sûrement la même chose. Aimer profondément ses enfants, c’est vouloir le meilleur pour eux, leur offrir la liberté, la possibilité de s’épanouir dans un pays – un continent – où on a le droit de dire ce qu’on pense, de vivre sa religion librement, de grandir sans le bruit des bombes, sans la vue des armes et sans cette peur permanente.

Au bout du voyage, comme des milliers d’autres depuis des mois, il y avait l’espoir, la promesse d’un monde meilleur, peut-être pas idéal, mais meilleur. Une vie « libre ». Celle que devraient vivre tous les bouts de chou de 3 ans, qu’ils soient nés en Belgique, en Syrie, en Irak ou ailleurs. Un horizon qu’Aylan n’atteindra jamais.

Aylan. Poupette. Il est né là-bas. Elle est née ici. A quoi ça tient la vie ?

Et ce soir, Poupette était à côté de moi quand le JT a débuté sur cette image.

  • « Maman, il fait quoi le petit garçon ? »

Comment lui dire, lui expliquer sans lui mentir, lui faire comprendre avec ses mots, sans lui faire peur ?

  • « Il est tombé dans l’eau ? »
  • « Oui, chérie, il est tombé dans la mer. »
  • « Pourquoi ? »
  • « Il était sur un bateau avec son papa, sa maman et son grand frère. Avant, ils étaient dans un pays où il y a des gens méchants, alors son papa a décidé de venir dans notre pays, parce qu’on est gentils. Malheureusement, il y a eu beaucoup de grosses vagues dans la mer, et le petit garçon est tombé dans l’eau… »
  • « Tu crois qu’il a vu les crabes dans la mer, maman ? »
  • « Peut-être. Maintenant il est près des anges en tout cas. »

Je ne sais pas ce qu’elle a compris. Je l’ai juste serrée très fort dans mes bras, comme sa soeur. Et puis, on a lu l’histoire du Petit Ours et de la Souris. Comme les autres soirs. On a rassemblé les doudous et on a tourné la boîte à musique. Comme les autres soirs. On lui a dit « Bonne nuit Poupette, à demain ! ». Comme les autres soirs…

Fais de beaux rêves, ma fille. Garde cette innocence et cette insouciance le plus longtemps possible.

Comme tous les enfants du monde devraient pouvoir le faire.

Et pour Aylan.

 

 

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