Il y a des moments qui marquent. Pour un temps ou pour toute la vie. Ce jour-là, j’en suis convaincue, a été déterminant dans ta vie de petite fille. Ce jour-là, tu n’avais pas décidé de naître. Ce jour-là, on a décidé pour toi. 

C’est le récent article de la maman blogueuse Maman Sur Le Fil qui m’a interpellée (filez voir son blog, il est très chouette !). Il m’a renvoyée à ma situation, à notre rencontre, à ta naissance. Ce deuxième accouchement. Beaucoup moins traumatisant que celui de Maman sur le Fil, entendons-nous bien. Mais qui a encore des conséquences aujourd’hui sur toi, ma douce. Sur ta vie et sur notre relation. J’en suis convaincue.

Flash-back. Juin 2014

Cette deuxième grossesse, désirée autant que la première, démarre sans faire de bruit. Attendue, mais pas si vite. Et puis après tout, c’est bien comme ça. Tu es là au creux de moi. On est heureux. J’ai beaucoup moins de nausées que pour ta grande sœur.
On se projette à 4, on va aménager la maison, préparer ta chambre.
On t’imagine toi, la relation avec ta grande sœur.

Et au fil des mois

Apprendre que tu es une deuxième princesse.
Choisir ton parrain et ta marraine.
Se questionner (beaucoup !) sur ton prénom.
Faire ta liste de naissance.
Choisir les couleurs de ta chambre.

Et puis octobre

Les premières alertes. Les (déjà) premières contractions. Trop tôt. Beaucoup trop tôt. Le repos, l’inquiétude. Les doses d’Utrogestan. Mais les aller-retours au boulot quand même. Parce qu’il faut, parce que ça va aller. Parce que je suis optimiste et que j’ai besoin de me sentir utile, même si tu grandis en moi et que tu pompes toute mon énergie.

Novembre, décembre…

Ce dernier Noël à 3. Ces dernières fêtes de notre famille pas tout à fait complète. Mais tu es là, tu prends beaucoup de place déjà. Dans mon ventre. Mais aussi dans nos têtes et dans nos cœurs.

Mais début janvier…

Tu es trop engagée dans mon bassin. Les contractions sont de plus en plus présentes. Le col bouge. Repos forcé, madame. Il faut tenir jusqu’à 37 semaines ! On est début janvier. Et tu dois arriver le 4 mars, en principe. Tenir. Je dois tenir. Me ménager un maximum, m’occuper de ta grande sœur. La préparer, nous préparer. Penser à toi, beaucoup. Te convaincre de rester, encore un peu. Le maximum… et enfin passer le cap des 37 semaines.

24 février

Je me souviens très bien de cette date. C’est l’anniversaire de ton arrière-grand-mère. Ma Bonne-Maman qui, secrètement, espère peut-être que tu naîtras ce jour, comme elle (coucou Bonne-Maman, si tu me lis…).
Je me souviens parfaitement de ce monito. Ton papa est là aussi. Les sage-femmes vont et viennent. Inspectent la machine, les graphiques qui en sortent. Appellent leurs collègues, inscrivent quelque chose sur le papier du monito. Puis nous disent que tout va bien, « vous pouvez rentrer chez vous, Madame ».

Sauf que ce n’était pas tout à fait vrai. Le lendemain, la gynéco analyse les petits battements de ton cœur sur le papier. Et décide que tu dois sortir. Que ce n’est pas vital, mais que c’est quand même mieux pour toi.

On arrive presque à la fin de cette grossesse, tu es déjà restée au creux de moi plus longtemps que ta pressée de grande sœur. Et pourtant… On a passé 4 mois à faire en sorte que tu ne sortes pas. Et au final, on va aller te chercher sans que tu l’aies vraiment décidé ! C’est pas juste, hein. C’est compliqué à comprendre, ces grandes personnes, qui changent d’avis tout le temps.

Toi, ma fille, ma BébéCha, ce 26 février 2015, quand nous sommes entrés en salle d’accouchement et qu’on m’a fait une perfusion pour déclencher les contractions qu’on avait essayé d’arrêter pendant des mois, tu n’avais pas décidé de nous rejoindre. Pas tout de suite, en tout cas. Tu voulais encore être en fusion avec moi. Je t’ai donné la vie sans que tu l’aies décidé. On ne t’a pas laissé le choix.

Sur le moment, cet accouchement provoqué a été un soulagement pour moi. D’abord parce qu’il y avait eu une anomalie dans ton rythme cardiaque, évidemment. Parce qu’on a pu tout organiser avec ta grande sœur. Mais aussi parce que – la sécurité sociale étant si mal faite – chaque jour où tu restais dans mon ventre était un jour que je perdais à t’avoir dans mes bras…

Aujourd’hui, je regrette que tu sois arrivée comme ça. Tu ne l’as pas décidé toute seule, comme ta sœur. Et tout s’est précipité tellement vite, que tu es arrivée très rapidement, « en boulet de canon » comme a dit la gynéco quand elle t’a vue.

Ton besoin d’être avec moi constamment, notre relation fusionnelle. Et mon besoin viscéral de te sentir près de moi, de te rassurer, de t’envelopper, de te protéger… Nos difficultés à se comprendre et à se lâcher aussi. Notre lien si particulier, aussi fort qu’avec ta sœur, mais tellement différent. Ce lien indescriptible et indicible, il est né ce 26 février en même temps que toi. Dans les circonstances particulières de ta naissance.

Et aujourd’hui, 2 ans et demi plus tard, il y a…

Cette envie de te dire qu’on a tout le temps, que tu peux prendre le temps, que tu peux choisir et décider – quand tu seras prête – de me lâcher la main et de te lancer dans la vie. C’est toi qui décideras, cette fois. Et on sera là. On sera toujours là.

 

 

Publicités